Auguste & Ava | Benjamin L. Aman, « Ordine Prior »
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Benjamin L. Aman, « Ordine Prior »

18 Juin Benjamin L. Aman, « Ordine Prior »

PapelArt consacre une exposition personnelle à l’artiste Benjamin L. Aman, sa première et elle vaut la peine de passer par la rue Charlemagne !

Dans la déambulation parfaite orchestrée ici, ce sont tous nos sens qui sont mis en éveil et sollicités. Voyez-vous ces écrans doucement bouger sous votre regard, flotter d’une manière légèrement sinueuse, laissant la place à la rythmique marquée par les jeux des noirs, des formes et, nous permettant d’assister à une séance de cinéma séquencée et fascinante ? Sentez-vous les odeurs de cette nature qui semble se dévoiler à vos yeux dans les dessins de la série Auditorium ? Entendez-vous les bruissements souterrains, les rivières qui coulent, le vent qui s’engouffre dans les arbres ? Entendez-vous le souffle qui contourne les objets ? N’avez-vous pas envie de toucher les boîtes et objets des Tables de nuit pour tenter de deviner ce qui pourrait s’y cacher ou pas ? Ce que ces objets sans marque ni couleur ni signe peuvent véhiculer ? Toucher pour s’immiscer dans une intimité qui n’est pas la notre mais pourrait l’être ? N’avez-vous pas envie de goûter à cet inconnu qui s’offre à vous et vous transporte si loin qu’il est difficile de s’en séparer ? Voyez-vous cet infini qui se dessine sous nos yeux au grès du mouvement de la lumière, des ombres, de la nuit, en fonction de vos déplacements, de votre éloignement ? Discernez-vous ces espaces à lectures, à strates multiples qui vous racontent, dessinent à chaque fois autre chose ? Attardez-vous devant chaque œuvre, bougez, tournez lui le dos, décalez vous à gauche, à droite, plus au centre, en étant plus ou moins proche et, scrutez, laissez vous porter, imaginez, laissez fuir votre regard et la magie opérera ou pas…

Ne voyez vous pas ce fleuve qui vient se jeter à l’orée de la forêt ? Ne voyez-vous pas cette reminescence d’une mise en scène de Méliès ou d’un film peuplé d’ombres chinoises qui se rejouerait devant vos yeux ? Ne voyez vous pas une composition rythmée, rythmique qui vous repositionne dans les bruits et la structure de la ville, qui vous permet d’accéder à une partition musicale de laquelle émaneraient des sons qui vous subjugueraient ? N’avez-vous pas envie comme en regardant les Epoux Arnolfini de Van Eyck d’aller plus loin, de ne pas voir ici ce qui se dessine dans le petit miroir au fond du tableau mais, bel et bien ce qui ce joue entre les noirs, dans ces zones plus claires, bleutées ou jaunâtres, ce qui fait que le regard part loin, très loin ? N’avez-vous pas envie de comprendre ce qui se passe derrière, ce faux statisme à la Morandi, ces objets qui apparaissent et disparaissent presque complètement au grès du mouvement de la lumière ?

N’avez-vous pas envie de vous approcher, d’aller derrière les écrans de A Silent Flow. Présence d’une présence qui vous invitent dans leur « danse » parce qu’ils semblent proches, en volumes et non pas planes, beaucoup plus communicatifs que ceux photographiques de Sugimoto qui vous gardent éloignés et projettent une lumière qui nous séparent d’eux. Ici rien de tout cela, ils nous invitent à regarder les séquences qui se déroulent devant nos yeux et, nous sommes là attentifs comme assis dans une salle de cinéma en train de regarder un film. Une histoire, un mouvement, une trame se jouent sous nos yeux et nous font vibrer. C’est vibratoire, comme lorsque nous sommes face aux « UFOs (Unlimited Flowing Occurrences) », dont certaines étaient exposées à Drawing Now et dans l’exposition de Marie Cantos, chez PapelArt, Les contre-ciels. Dans ces dessins qui se composent d’une seul matériau la poudre de graphite appliquée par aplats et pochoirs de manière successive, se joue quelque chose de flottant, de presque imperceptible dans l’immédiateté mais, qui grâce au temps que l’on veut bien lui offrir, se dévoile au grès de la pénétration de la lumière blanche ou noire. Dans des séries récentes, exposées ici, de la poudre de couleur apparaît subtilement, appliquée selon les mêmes principes, laissant la même part de mystère pour celui qui ne prendra pas le temps de se laisser inviter à ce voyage à travers l’espace, le temps justement, les émotions et, une histoire qu’il pourra faire sienne.

Ne voyez-vous pas un peu de romantisme, un peu de Friedrich, de Böcklin même dans cette sorte de grotte qui laisse planer le mystère et à deviner ce que la lumière laisse entrevoir au-delà ? Ne ressentez-vous pas comme une invitation à aller à la rencontre de cette nature qui pourrait sembler tourmentée mais, qui semble vouloir montrer bien plus que cela ? N’avez-vous pas la sensation que ces collines de Météore disparaissent et réapparaissent mystérieusement ? Ne vous sentez-vous pas comme dans la peau d’un promeneur solitaire qui s’émerveillerait de tout ce que la nature peut lui offrir ? N’aimez-vous pas ce silence qui s’impose à vous et qui est seulement là pour mieux vous faire ressentir le souffle et la richesse visuelle de chacune de ces œuvres ? Ce silence qui traverse les œuvres de Benjamin L. Aman comme pour mieux nous faire entendre, nous faire percevoir des détails qui nous échappent dans une vie qui nous laisse peu de temps pour méditer, observer, écouter, regarder. Approchez-vous des œuvres de Benjamin L. Aman et, l’espace d’un moment vous voyagerez loin, très loin, en silence ou pas car n’oubliez pas que ce silence est là pour vous faire entendre des milliers de sons, ceux que l’on n’entend plus, ceux qui éveillent des émotions inexplicables, propres à chacun. J’aime cette phrase de Marie Cantos à propos de l’exposition : « A travers elle, il nous emmène dans un « voyage immobile » au cœur de l’impossible présent ». Vous laisserez vous prendre au jeu de cette expérience mentale jubilatoire qui oblige à un recentrage sur soi et demande à partager son histoire, ses émotions avec les œuvres ?

SDA

Ordine Prior, Benjamin L. Aman, du 12 juin au 31 juillet 2015

PapelArt

1 rue Charlemagne, Paris 4

Allez sur le site de Benjamin L. Aman

Ecoutez quelques unes de ses œuvres sonores

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