Auguste & Ava | Rencontre avec le créateur de Cinabre
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Rencontre avec le créateur de Cinabre

23 Déc Rencontre avec le créateur de Cinabre

Nous entrons dans un endroit chaleureux, un banc et une table avec quelques livres posés, des photos de tailleurs sont disposés dans l’entrée et, vous mettent déjà dans une ambiance particulière. Le garçon qui vous reçoit et sa collaboratrice sont sympathiques. Lui est le créateur de la marque Cinabre, Alexandre Chapellier, elle Marie-Violaine, récemment arrivée, s’occupe du développement commercial.

Après avoir laissé nos affaires, nous pénétrons dans un bureau comme nous les aimons : dans un coin un canapé usé et douillet avec des tabourets entourant une table en bois, des bureaux, un joli parquet, des dessins de stylistes et des photos d’ateliers de confection aux murs, des échantillons de tissus, une bougie Cire Trudon qui finit de se consumer, de jolies boîtes, des tables sur lesquelles sont posées des cravates, des noeuds papillons, des gants et des ceintures dans de vieilles valises, des foulards noués sur des portants.

Alors dans cette ambiance familière, commence une conversation qui va durer deux heures. Alexandre Chapellier est chaleureux, passionné surtout, aimant les belles choses, les belles matières et, est généreux dans sa façon de partager ce qu’il fait. C’est touchant, agréable aussi de savoir que l’envie de créer des produits de qualité avec des artisans au savoir faire qui se perd, puisse perdurer tout en choyant ses clients. Ces derniers sont accompagnés, reçoivent des mots, sont écoutés et bénéficient d’un service après-vente sur mesure. Cinabre est passeur de savoir-faire et de savoir-vivre qui accepte de créer dans le temps et pour la durée. Notion de temps et de qualité qui nous sont chères également.

Ce n’est pas une marque qui évolue dans une dimension passéiste bien au contraire mais, dans un désir de se faire une place dans le monde des faiseurs de rêves et de fantaisie par la qualité de ses produits.

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A&A : Pourquoi le nom Cinabre ? Vient-il du nom d’origine du pigment rouge (vermillon pour la couleur actuelle), minerai à base de sulfure de mercure utilisé par les artistes avant le XIXe ?

Alexandre Chapellier : Nous faisions, Michel Goma et moi, une recherche sur la couleur et, nous avons aimé le rouge Cinabre. De là a découlé le nom de la marque. Nous retrouvons donc le rouge sur nos produits : revers des cravates et nœuds papillons, surpiqûre à l’arrière des cravates et, sur nos emballages avec un liseret sur nos boîtes.

A&A : Michel Goma (styliste et costumier, il a longtemps œuvré chez Jean Patou où il a eu Jean-Paul Gaultier comme assistant avant de travailler pour le grand magasin japonais Isetan et, créer une ligne de prêt-à-porter pour Balenciaga à la fin des années 80) semble important dans votre évolution, votre travail. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Quel influence a t-il encore sur vous ? Dessine t-il des modèles pour vous ou intervient-il d’une autre manière dans vos collections ?

A.C. : C’est une rencontre assez incroyable, il était le voisin de mes oncle et tante, je ne le savais pas, je l’ai rencontré et tout a pris forme. Il m’a conforté dans mon envie de créer quelque chose lié au textile, il m’a formé car je n’étais pas un spécialiste de la « fringue ». Pendant quatre ans, il a été mon professeur, je le voyais chaque semaine, il m’a appris des milliers de choses sur le graphisme, les tissus, les techniques de création, de fabrication, etc. Aujourd’hui, je vais souvent le voir, surtout en préparation de collection pour avoir son conseil quant à un motif, un modèle, une idée complémentaire car il ose tant de choses. Il m’aide dans ma prise de décision finale avant validation des collections.

A&A : Michel Goma vous a appris à connaître les techniques de fabrication des produits, vous avez su utiliser son enseignement pour choisir et travailler avec des ateliers d’exception qui véhiculent un savoir-faire haut de gamme. Qui sont-ils ? Comment les avez-vous choisi ? Pourquoi la France ?

A.C. : Choisir des ateliers d’exception en France faisait sens par rapport à ce que je souhaitais réaliser. Cela permet de sauvegarder un savoir-faire qui a tendance à disparaître. Prenons l’exemple de cet atelier de fabrication de cravates qui a fermé à Chartres il y a sept ans, l’une des femmes de cet atelier réalise un travail merveilleux pour nous en fabricant des cravates à la main. D’une certaine manière nous préservons et perpétuons le savoir-faire français, qui en plus nous donne la possibilité de mieux suivre la production des collections grâce à la proximité. C’est pourquoi, après des visites de centaines d’ateliers, nous avons décidé de travailler avec ceux des Monts Lyonnais pour l’impression, avec la maison Fabre pour les gants, avec l’un des derniers ateliers français dans le Loir et Cher pour fabriquer des cravates et des noeuds à la main, l’atelier Legeron (créateur de fleurs artificielles depuis 1880 pour la Haute-Couture, les particuliers…) qui fabrique les boutonnières.

A&A : Cette proximité vous donne t-elle une plus grande flexibilité quant à la création de produits ?

A.C. : Oui, elle nous permet de réaliser de manière plus réactive des commandes particulières précises, des pièces plus couture. Nous avons par exemple dans l’urgence crée un nœud Batman pour Colette et, nous travaillons sur une série limitée autour des animaux.

A&A : Vous parlez de motifs, certains imprimés sont originaux et pour certains empreints de fantaisie, qui les dessine ?

A.C. : Je réalise les premiers croquis qui sont ensuite réajustés par des designers textiles, nous faisons aussi des tests directement dans les ateliers des Monts Lyonnais qui nous conseillent afin de trouver la solution la plus juste pour l’impression du motif. Par exemple pour un motif en trois dimensions ou encore un motif Tetris pour des nœuds papillons ou des motifs venant du monde de la science-fiction pour des foulards. Cependant, il n’y a pas de règles, j’adore fouiller, chiner. Je porte beaucoup d’importance aux matières qui m’inspirent pour faire de nouvelles choses ou les réutiliser. En effet, j’aime donner une deuxième vie aux tissus. Je les cherche aux Puces, dans des boutiques de tissus vintage, alors peut apparaître un tissu d’une chemise militaire dans un nœud qui devient une pièce unique puisque restent visibles les déchirures, les défauts de la chemise d’origine, ou un tissu Napoléon III ou un tissu avec un motif de Dufrêne. C’est une joie de pouvoir créer et réinvestir des tissus ayant vécus dans mes accessoires.

A&A : Vous créez des motifs, vous chinez, mais avez-vous d’autres fournisseurs ?

A.C. : Oui, mis à part pour nos foulards dont les tissus viennent tous de nos propres créations car les modèles sont complexes, nous nous fournissons dans le fond de collection de Scabal pour les cravates et les noeuds et, chez Holland & Sherry pour les cachemires.

A&A : Comment choisissez-vous vos matières qui sont d’une grande qualité, au touché incroyable ?

A.C. : Nous partons du principe que la matière doit être irréprochable, que chaque produit est créé pour durer d’où l’utilisation de matières haut de gamme. Nous réfléchissons avec bon sens et sommes intransigeants quant à la provenance des produits. Pour nos cols en fourrure, nous utilisons de l’orilague (une race de lapin) dont seulement treize élevages existent en France et, ne choisissons que des cachemire à poils longs. Alors, certes la matière première a un coût élevé mais, nous savons d’où elle provient, qu’elle est fabriquée dans les règles de l’art et, qu’elle n’implique pas le travail d’ouvriers dans des conditions qui leurs sont défavorables.

Comme pour nos clients, nous avons eu une prise de conscience qu’il était important de jouer sur la qualité des produits, pour aller vers un autre mode de consommation. Vers un achat pensé pour une pièce que l’on pourra garder et, cela se traduit par une production onéreuse mais qualitative, faite pour durer.

A&A : L’homme est-il difficile à habiller, à « accessoiriser » ? Où voulez-vous l’amener avec Cinabre ?

A.C. : La mode pour l’homme est difficile à appréhender car la même chose, le même accessoire peut-être aimé ou être porté de centaines de manières différentes. C’est pourquoi nous proposons un fond de collection intemporel avec des classiques, un fond plus casual et un plus fantaisiste. Chaque homme portera son/ses modèle(s) à son goût. Nous souhaitons pouvoir guider l’homme vers plus de fantaisie, lui redonner le goût de l’accessoire même lorsqu’il porte un jean. Lui apprendre à oser, à jouer la différence sur le motif, la matière car les gammes pour hommes sont restreintes et toujours les mêmes donc le champ d’expression est limité. Nous aimerions amener l’homme à se trouver / à se donner un style dans la légèreté et à l’assumer.

A&A : De quelle manière l’aider dans son choix de style ?

A.C. : Nous sommes en train de créer des visuels pour donner une identité plus forte à la marque et, aiguiller les personnes qui se reconnaissent dans Cinabre, à savoir avec quoi porter les accessoires que nous leurs proposons.

A&A : Pensez-vous élargir votre gamme d’accessoires à la femme, pour les gants par exemple ? Avez-vous une envie de développement déjà précise ?

A.C. : Nous pensons peut-être créer des modèles de gants pour femmes avec la Maison Fabre qui réalise déjà des modèles exclusifs pour hommes pour nous. Nous avons de la demande dans ce sens et, les modèles hommes ne vont pas aux femmes, en plus de cela, j’ai beaucoup aimé travailler sur les gants. Donc pourquoi pas !

A&A : Aimeriez-vous faire appel à des artistes pour dessiner un motif pour une édition limitée pour un ou plusieurs accessoires, un foulard ou un nœud papillon par exemples ?

A.C. : Pourquoi pas envisager ce type de collaboration, cela peut-être intéressant. Le support s’y prête en tous les cas. Ayant toujours aimé la science-fiction, je m’étais plutôt projeté dans des collaborations avec des vidéastes pour réaliser un film en stop motion. Nous avons déjà travaillé sur une vidéo de ce genre avec un nœud se nouant seul et, désirons en réaliser un autre avec des foulards.

A&A : Vous n’avez donc pas fini de nous surprendre et, nous attendons vos prochaines créations avec envie.

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Cinabre

Où trouver les produits Cinabre : http://cinabre-paris.com/boutique/

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