Auguste & Ava | Claire Trotignon, Let’s build a home, galerie de Roussan  
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Claire Trotignon, Let’s build a home, galerie de Roussan  

09 Avr Claire Trotignon, Let’s build a home, galerie de Roussan  

Avant même d’entrer dans la galerie de Roussan, les maquettes architecturales Triangulations et les œuvres que l’on aperçoit depuis la rue, donnent envie de les scruter de plus près. Alors, je plonge à nouveau dans cet univers qui m’interpelle et me transporte dans un ailleurs à chaque fois que je m’y confronte. Dans ses œuvres, Claire Trotignon met en forme et articule des éléments qui peuvent être des paysages, des éléments architecturaux, géométriques ou structurels dans l’idée de retranscrire une notion d’espace quel qu’il soit. Confronté à cela, tant face aux dessins, qu’aux sculptures et collages, nous sommes dans l’obligation de repenser les codes qui structurent notre quotidien tout en lâchant nos certitudes. Ici tout pourrait être vrai mais, également irréel. En regardant certaines œuvres j’ai la sensation que les bâtissent sortent de mon imaginaire et, je me demande si ce que je vois est une architecture ou une excroissance de la nature qui donnerait l’idée d’être une architecture. Je pense aux peintures de nature avec ruines d’Hubert Robert, ses capricci (paysages imaginaires), mais également à Le Piranèse qui magnifiait l’architecture antique dans une dimension dramatique, en particulier dans ses Vedute, par exemple dans celle où les vestiges de la Villa Adriana sont envahis par la végétation. Je trouve qu’une sorte de même jeu se trame chez Claire Trotignon où la nature et l’architecture font corps, que l’une ou l’autre prend sa place sur l’autre pour raconter une histoire nouvelle où tout serait à remettre en question. Cependant, dans ce travail, ce n’est pas une exaltation ni même une projection dans la ruine en tant que vestige architectural de l’Antiquité qui évolue devant nos yeux, comme cela aurait pu l’être à la Renaissance ou chez les romantiques tels Diderot et Chateaubriand, mais plutôt une mise en abîme des vestiges contemporains. Ces derniers se déstructurent, sont parfois de simples formes géométriques qui se suffisent à elles-mêmes et, s’imposent dans un contexte construit, parfois rigide, qui façonne la nature, la contraint comme les constructions de la série Private Place, ou alors, ces  « vestiges » contemporains sont posés dans une nature indomptable tout comme eux dans d’autres circonstances. Contrairement à la ruine romantique, l’architecture qui est ici dessinée, suggérée, ne laisse aucune trace de nostalgie, elle est forte, indépendante de la nature même si parfois engloutie par cette dernière. Ce qui m’interpelle de temps en temps ce serait plutôt la sensation de répétition que peuvent prendre certaines représentations. Il me semble, en effet, que seules des différences infimes font que l’œuvre n’est pas la même. Cela demande de scruter, de disséquer les dessins, sérigraphies et collages pour noter ce qui est autre, imaginer ce qui se joue, quelle est l’histoire qui se trame dans ces œuvres qui semblent similaires. Il ne faut, cependant, pas se méprendre car, rien est identique dans cette interpénétration, tout se dissout jusqu’aux minuscules morceaux de gravures anciennes (du XVIIe siècle en particulier) – gravures que l’artiste connaît bien puisqu’elle les collectionne avant de les fragmenter, de les disséquer – qui sont intégrés ou plutôt glissés, au milieu des traits de crayon, pour rejouer, questionner d’une autre manière ce qui est, ce qui pourrait être ou ce que nous aimerions y voir. Parfois tous ces éléments sont assemblés sur des pages de livres anciens, jusqu’à ne faire qu’un, nous faisant oublier ce qui vient du passé et ce qui ne l’est pas. Les fragments de gravure sont presque indiscernables des traits de crayon, comme la nature et l’architecture, l’ancien rapporté et le trait contemporain ne font également plus qu’un. Ces œuvres, d’une grande finesse et d’une délicatesse particulière, accompagnent le regardeur dans sa réflexion sur sa perception de la forme, de l’espace, de l’évolution et de la manière dont chaque chose évolue.

Claire Trotignon dans sa ré-appropriation et sa ré-interprètation de visuels, de formes, de multiples techniques, va également jusqu’à la destruction de tout ce qu’elle a construit dans ses Explosions où tout de la nature à l’architecture, des collages aux traits de crayons se désintègre littéralement dans un mélange, un éclatement d’éléments qui rend encore plus indéfinissable ce qui est quoi. De là, nous pourrions penser que quelque chose de nouveau va s’écrire, une reconstruction mais, sous quelle forme ? C’est un peu comme si nous regardions les traces d’une action passée – l’architecture placée dans un autre contexte – en pensant à sa destruction future. Un tout éphémère qui imploserait, donnant cette impression que l’architecture et la nature ont dépassé la simple idée de basculement et, explosent pour peut être mieux renaître, se reconstruire sous une autre forme. De l’une de ses Explosions est né un retable, à l’origine ce dernier est une construction sous forme de diptyque, triptyque ou polyptyque recevant, en décor, des représentations de scènes bibliques et, est disposé derrière la table de l’autel d’un édifice religieux, aisément visible depuis l’entrée de ce dernier. Ici c’est l’image de la destruction naturelle ou pas d’ailleurs de l’architecture et de son environnement, qui anime cette sculpture architecturale, avec en son dos un aplat de couleur rose fluo qui décline une sorte de halo mystérieux en arrière-plan. Une fois encore Claire Trotignon s’est appropriée des codes ancestraux, pour mettre en avant des questionnements contemporains. La structure est, ici, importante puisque que par sa symbolique, elle mystifie la destruction et le ce qui sera après, ce qui apparaîtra dans un avenir plus ou moins proche dans cet espace désintégré. Ce n’est pas une nouveauté pour elle que d’utiliser la forme en tant que structure et non pas seulement en aplat sur du papier. En effet, on la trouve dans des installations précédentes où la forme, géométrique et structurée, s’insère dans l’espace comme redessinant une végétation architecturée, créant ainsi un environnement à expérimenter. L’architecture est un paysage dans lesquel nous nous mouvons, nous luttons comme dans : Eteignez s’il vous plaît (installation au Centre Pompidou, Metz en 2013) ou And no birds sing (centre d’art de La Rochelle). Seulement face au Retable, nous ne l’expérimentons pas physiquement mais, mentalement. Penser le comblement de l’espace plus que le vivre avec son corps.

La nature et la représentation de quelque chose de structurel, la nature encerclée par une architecture ou l’inverse, la forme dans son plus stricte dessin ou composant une architecture, sont prégnantes dans l’œuvre de Claire Trotignon, qu’elles soient ancrées dans le sol, au bord du gouffre, tenant à un fil, elles sont comme des mots avec lesquels l’artiste écrirait une histoire. A tel point que même dans ses collages de cartes postales récents, la perspective, l’espace, la construction dans la superposition sont inévitables. Elle dit s’appuyer sur les théories de la perspective tirées du De Pictura de Leon Battista Alberti, vous comprendrez mieux pourquoi en allant voir son travail car il tend à atteindre une sorte d’harmonie idéale qu’Alberti préconisait dans ses écrits et ses œuvres.

Claire Trotignon, Let’s build a home

Avec le soutien du CNAP, aide à la première exposition

jusqu’au 02 mai 2015, Galerie de Roussan, 47, rue Chapon, 75003 Paris

Ouvert du mardi au samedi

 Tumblr de Claire Trotignon

 

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