Auguste & Ava | Contact, une exposition d’Olafur Eliasson
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Contact, une exposition d’Olafur Eliasson

17 Fév Contact, une exposition d’Olafur Eliasson

L’artiste danois d’origine islandaise Olafur Eliasson investit la Fondation Louis Vuitton avec une exposition intitulée Contact (attention il ne reste plus que quelques jours pour la voir). Le visiteur est une fois encore immergé dans des installations ou se retrouve face à des œuvres qui font appel à ses sens, pouvant parfois lui faire perdre tous repères spatio-temporels. Ici, il suit un parcours de lumières et de sphères, toutes créées pour l’occasion, où il peut expérimenter « les relations qui unissent les perceptions du moi, de l’espace et de l’univers ». Dans ces dispositifs optiques qui se succèdent, les visiteurs sont confrontés à l’autre ou à eux même, ils s’observent, se croisent, s’évitent, tout en se demandant quelle est leur position par rapport aux autres dans leur expérimentation de ces œuvres « lunaires ». L’artiste dit d’ailleurs qu’il fait appel dans son travail : « (…) à notre capacité à lier connaissance, à nous connecter à autrui et peut-être même nous mettre à la place de quelqu’un d’autre ».

Après avoir touché, ou pas, un morceau de météorite sans effets secondaires, rassurez-vous, nous observons la lentille de Parallax Planet, lentille que nous croisons sous une autre forme dans Double Infinity, nous permettant de voir l’autre côté d’une tout autre manière. Ces lentilles semblent déformer et renvoyer l’image de celui qui la regarde, avant qu’il ne s’aperçoive qu’il voit d’autres visiteurs, de l’autre côté de la paroi. Il est intéressant d’observer la manière dont chacun s’approprie ou vit ces œuvres de façon plus ou moins intuitive, avec gêne, intensément, avec amusement ou passe simplement son chemin sans même prêter attention à autre chose qu’à l’apparence de ce qu’il voit. Chemin qui le mène dans les zones Map for Unthought Thoughts et Contact, espaces clos qu’il ne peut pas éviter mais, dont le mystère même de ce qui l’attend est malheureusement levé par les gardiens de salles qui dès l’entrée, précisent où il faut se placer et, quel chemin suivre d’une manière un peu « trop » directive. Dommage. Cela n’empêche pas, après un petit moment d’adaptation, de s’accoutumer à la configuration de Map for Unthought Thoughts. Là, le visiteur joue avec son ombre qui grandit ou diminue, sur un quadrillage savamment diffusé qui bouge légèrement, selon l’endroit où il se place. Ombre qui se déplace sur un demi-cercle que le miroir transforme en circonférence totale et, qui rend l’expérience d’autant plus étrange. Dans Contact, le visiteur avance sur un sol bombé entouré de murs recouverts de papier de verre noir abrasif et de miroirs. Une intense lumière jaune sort d’une fente et le propulse dans la contemplation d’une sorte de ligne d’horizon. Le déplacement dans ces espaces, le questionnement quant à comment l’autre vit ce moment partagé, la manière dont on ressent le sol, l’environnement, me rappelle dans une dimension moins mystique, cette sorte d’extase collective qu’était la rencontre avec The Weather Project, dans le Turbin Hall de la Tate Modern en 2003. Cette lumière d’un soleil artificiel placé à trente cinq mètres de hauteur, qui venait nous enrober, créait une atmosphère amenant à la contemplation, sublimée par cet environnement monochrome. Un moment que l’on aurait souhaité éternel. Sainte Thérèse d’Avila a son Extase magnifiée par Le Bernin, les visiteurs de la Tate pouvaient vivre la leur dans l’œuvre d’Eliasson. Ces espaces qui font autant appel à notre rapport à l’autre qu’à soi, qui nous font dépasser certaines appréhensions, si l’on souhaite pouvoir aller plus loin dans l’œuvre, me remémorent aussi Chaque matin je me sens différent, chaque soir je me sens le même, champ de lave rouge, ocre, grise et brune venant des volcans islandais – terre d’origine de l’artiste, qui mettait le visiteur dans une position délicate mais, active dès l’entrée de l’exposition du Musée dArt Moderne de la Ville de Paris en 2002. De même, Il était tout aussi impressionnant d’entrer dans Your Atmospheric Colour Atlas, 2010, à l’Ullens Ullens Center for contemporary Art, (Beijing) espace pensé par Olafur Eliasson and Ma Yansong (architecte chinois, fondateur de l’agence MAD), qui plongeait le visiteur dans un mélange d’éléments architecturaux, de lumière et de brouillard coloré en rouge, vert ou bleu par endroits grâce à des lampes fluorescentes. Les couleurs se mêlaient au gré des mouvements des visiteurs, chacun créant ainsi son propre spectre et, se déplaçaient alors dans une sorte d’espace infini en ayant perdu toute notion d’orientation. La personne visitant cette œuvre avec moi avait d’ailleurs perdu ses moyens, parce qu’elle ne savait plus où elle pourrait trouver une sortie pour s’échapper de cet endroit un peu oppressant tout de même. A chaque plongée dans une œuvre de l’artiste, une sorte d’appréhension se fait sentir car l’on ne sait jamais ce qui va nous attendre de l’autre côté de la porte.

expo Eliasson

Eliasson n’a pas peur d’amener le visiteur/acteur de l’œuvre dans une sorte d’ailleurs, d’autre dimension. De même, il sait le placer face à une pièce plus intimiste, comme à la Fondation Vuitton, avec Big Bang Foutain, Map… sublime effet stroboscopique sur un jet d’eau. Le parcours se poursuit ainsi au rythme des expérimentations sensorielles jusqu’à l’extérieur où quarante trois colonnes triangulaires (deux faces en miroir, une en verre jaune luminescent) permettent d’observer l’apparition et la disparition de son propre reflet ou celui des autres dans ce qui est certainement l’une des plus belles choses qui soit au sein dans cette fondation.

Les éléments semblent une fois encore se mêler à la lumière, à la couleur, à des calculs mathématiques, à la science dans une exposition qui pousse toujours plus loin l’être dans son exploration de la perception humaine, de ses retranchements. Comme à chaque rencontre avec une œuvre d’Eliasson tout est à ressentir. Le corps vit l’œuvre d’une manière plus ou moins sereine, brutale, en symbiose ou dans le rejet total de celle-ci. Il m’est souvent arrivé de perdre la notion de l’équilibre, de la ligne d’horizon dans des installations de cet artiste, jusqu’à ne pas pouvoir regarder l’œuvre plus de quelques secondes, ce qui est le cas face à Big Bang Foutain Map. De ne pas pouvoir rester dans l’espace à cause d’un mal-être, d’une appréhension soudaine comme en regardant The New Planet qui comme Your concentric Welcome (Centre Pompidou) ou Cold Wind Sphere donnent l’impression de tanguer. Mais, il peut aussi nous mettre face à des œuvres plus traditionnelles dans la forme qui nous font regarder la nature, les effets climatiques d’une autre manière, ces derniers nous englobent littéralement, comme par exemple The Glacier Serie, 1999 (Deutsche Guggenheim, Berlin). Face à une nature qui nous échappe nous réfléchissons à l’évolution du climat et, à la magie d’un phénomène naturel comme avec The Eighteen moons in Penumbra. Olafur Eliasson nous amène, minutieusement et subtilement, vers cette introspection et ce questionnement quant à l’autre, nécessaires, pour vivre le monde actuel, pour s’échapper, réfléchir sur ce qui nous entoure, ce que l’on construit, détruit, ce que nous allons laisser aux générations futures.

Tout le langage artistique d’Eliasson est réuni dans l’exposition de la Fondation Vuitton, il dit dans une interview au Figaro : « L’idée est de créer une incertitude sur l’endroit où vous êtes exactement dans le bâtiment. De sorte que les règles traditionnelles de circulation ne puissent pas s’appliquer en ce nouveau lieu. » C’est réussi, car comme par enchantement, on oublie le lieu dans lequel les œuvres se trouvent et, voyageons dans une œuvre d’une cohérence fascinante. Ici, Eliasson voit l’exposition « comme un voyage dans l’espace », c’est ce que l’on ressent pour l’image que l’on se fait de l’espace. Surtout, l’on vit l’espace dans lequel nous nous trouvons et, réfléchissons à notre position dans celui-ci. Dans cet ensemble « (…) parfait d’un point de vue algébrique. (…) » Eliasson continue sa recherche sur la perception, la mémoire collective, comme une mise en application de ce que nous pourrions vivre au sein de son Institut für Raumexperimente et cette idée que « Ce qui est grand dans l’art, c’est qu’il peut refléter tout un chacun ».

 

SDA

 

Studio Olafur Eliasson

Institut für Raumexperimente  

Fondation Louis Vuitton

 8, Avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris

+33(0) 1 40 69 96 00

Ouverture les lundi, mercredi et jeudi de 12h00 à 19h00 / le vendredi de 12h00 à 23h00 / les samedi et dimanche de 11h00 à 20h00

Fermeture le mardi

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