Auguste & Ava | De l’importance des odeurs
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De l’importance des odeurs

09 Déc De l’importance des odeurs

Nous avons tous des histoires différentes et plus ou moins intenses avec les odeurs. Celles liées à un ou des parfums remémorant une personne proche ou croisée dans sa vie. Celles qui dérangent, enivrent, envoûtent, dégoutent, obsèdent, enchantent, projettent dans un rêve olfactif ou dans un rejet brutal de ce qui les entourent. Certaines éveillent des moments positifs de son existence, d’autres des moments de peurs et d’angoisse, d’autres encore sont tout à la fois. Celle du feu par exemple est ambivalente. Elle revêt, d’une part, l’odeur et la sensation agréable du bois qui brûle et crépite dans l’âtre de la cheminée tout en embaumant la pièce de cette odeur particulière qui véhicule un souvenir lié au plaisir et à la détente. D’autre part, celle désagréable du feu « sauvage », non voulu, qui brûle une chose. Ce dégage alors cette odeur âcre, mal odorante qui imprègne l’atmosphère pour une durée toujours trop longue et, qui génère l’idée de la perte, de la peur de ne pas pouvoir s’en sortir, de ne pas pouvoir sauver son enfant, de perdre les traces de ses souvenirs. De ces épisodes de la vie que nous préférerions pouvoir oublier liés à une odeur que l’on souhaite ne plus jamais sentir, qui rappelle aussi des histoires : souvenez vous de cet incendie dans Jane Eyre de Charlotte Brönté, il aura marqué l’imaginaire de mon enfance tout comme celui de le ville en feu dans Guerre et Paix de Léon Tolstoï.

L’idée même de l’odeur peut donc entraîner des émotions fortes allant de l’intense envie de l’éloigner au désir de se l’approprier et de la garder familière. Je me souviens de cette sensation allant jusqu’à l’écœurement en lisant Le Parfum de Patrick Süskind, au besoin de fermer ce livre tant les odeurs étaient insupportables, pour le ré-ouvrir un moment plus tard après une pause olfactive – comme lorsque l’on sent différentes odeurs d’affilée et, que le besoin de sentir des grains de café est nécessaire pour effacer leurs traces et pouvoir sentir autre chose. Ce livre fut une expérience difficile pour moi tant je suis sensible aux odeurs.

D’autres le furent aussi mais, différemment, dans certains de leurs passages comme par exemples lorsque je fus confrontée à des descriptions un peu trop poussées de champs de batailles et de leur charnier, à l’entrée dans des dortoirs de camps comme dans Kinderzimmer de Valentine Goby, à des balades dans des ruelles putrides et sales moyenâgeuses, à la poursuite d’un héros dans des villes indiennes, au retour de l’alpiniste après des jours de déshérence comme ont pu le décrire dans leurs livres Walter Bonatti, Reinhold Messner ou Pierre Beghin, aux odeurs qui traversent La Peau de Malaparte. Des films, des tableaux, des installations et des photographies ravivent également toute une palette olfactive mettant l’odorat en éveil mais, aussi tout ce qui nous entoure puisque les odeurs peuplent notre quotidien.

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L’odeur du pain chaud, des viennoiseries qui descend de la boulangerie jusqu’au bas de la rue, l’odeur d’un poulet grillé lorsque l’on approche d’une rôtisserie, l’odeur du chocolat quand l’on passe la porte d’un chocolatier, l’odeur désagréable du mélange des parfums autour des parfumeries d’aéroport qui donne des hauts le coeur. L’odeur indéfinissable mais tellement mauvaise du métro et de certaines rues, celle plus ou moins marquée du goudron ou de l’essence. L’odeur enivrante du vernis et de la cire lorsque l’on s’approche de l’atelier d’un ébéniste ou d’un encadreur. L’odeur que l’on préfère oublier de vieille huile de friture dans les zones où se trouvent un trop grand nombre de fast foods, l’odeur des jambons qui fait voyager quand on entre dans sa cave à jambons préférée. L’odeur de l’huile d’olive qui nous emmène vers diverses contrées, celle des mandarines, des oranges, du pain d’épices et du sapin qui rappelle une certaine période de l’année. Celle de la cire d’une bougie qui se consume en nous apaisant de sa lueur virevoltante et d’une odeur de simple cire ou parfumée, celle de la lessive, celle de l’herbe fraîchement coupée ou celle de la nature après la pluie. L’odeur du papier, des livres plus ou moins vieux, des reliures, celle du dissolvant et de la colle qui nous rappelle l’école. L’odeur des encens d’église ou ceux que l’on fait brûler chez soi, l’odeur du papier d’Arménie, des pastilles à la cannelle Santa Maria Novella, des bonbons à l’anis de l’Abbaye de Flavigny, de la sève de pin. L’odeur du thé vert Sakura, l’odeur envoûtante de la menthe et celle si douce d’un bébé. L’odeur de l’eau de senteur Bonpoint sur un enfant et celle du parfum d’une personne qui a compté dans votre vie.

Ces parfums qui pour certains correspondent à des personnes, ceux qui ne seront pas toujours agréables à sentir, ceux qui nous transportent vers des moments de notre histoire, ceux qui nous fascinent, ceux que l’ont souhaitent porter, ceux qui nous bouleversent, ceux qui nous font voyager. Puis viennent ceux qui nous font vibrer, nous transportent dans une autre époque, nous habitent immédiatement, nous subjuguent. Le parfum est quelque chose que l’on s’approprie, certains ne se marieront pas avec notre peau, et chaque parfum ne correspondra pas toujours à un jour donné surtout si vous aimez jouer avec les odeurs et, que votre odorat est un sens aiguisé.

J’aime imaginer ce que pouvait sentir des personnages que j’ai aimé, quels seraient les parfums qui pourraient correspondre à des êtres qui me sont chers en fonction de ce qu’ils aiment, de ce qu’ils sont, voyager en découvrant des histoires d’odeurs, de parfumeurs. L’évocation des souvenirs vient aussi par l’odorat, par exemples l’idée même de sentir Un Jardin après la mousson d’Hermès me ramène dans les backwaters au Kerala, Sancti de Liquides Imaginaires m’entraîne comme Carmélite de Cire Trudon dans un pur moment de méditation grâce à leurs effluves rappelant les lieux sacrés ou ceux lieux à la réflexion et à la redécouverte de soi. Ce qui n’implique pas qu’ils devront être portés au contraire, d’autres ont leur place dans ce but mais, font partie d’un jardin secret. Et vous quels sont les odeurs qui vous font rêver ?

SDA

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Pour découvrir des parfums :

Le bar à parfums Liquides

 9, rue de Normandie, 75003 Paris

Jovoy

 Parfums rares, 4, rue de Castiglione, 75001 Paris

Nose

Quelques éditeurs de parfums :

Serge Lutens

 142, galerie de Valois, 75001 Paris

Frédéric Malle

Byredo

Parfum d’Empire

Lire le blog et regarder le site d’une spécialiste du parfum Elisabeth de Feydeau

Etat libre d’orange

 69, rue des Archives, 75003 Paris

Penhaligon’s

Memo Paris

Histoire de Parfums

Les eaux de cologne : Santa Maria Novella et Acqua di Parma

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