Auguste & Ava | Quand le dessin s’invite dans votre quotidien
751
single,single-post,postid-751,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-theme-ver-7.6.2,wpb-js-composer js-comp-ver-4.6.2,vc_responsive

Quand le dessin s’invite dans votre quotidien

27 Mar Quand le dessin s’invite dans votre quotidien

Que faire à Paris dans les deux prochains jours ? Laissez vous porter par le dessin. Le choix est large : Drawing Now (salon du dessin contemporain), le Salon du dessin (dessin ancien), des expositions dans les musées telle celle de Jérôme Zonder à la Maison Rouge et les programmations des galeries. Il est impossible de ne pas en abuser et, de ne pas rencontrer une œuvre qui pourrait attirer votre oeil. Voici une petite sélection axée autour du dessin contemporain que je peux vous suggérer pour le plaisir, pour acheter, pour vous documenter ou pour les trois, tout simplement.

Laisser son regard déambuler sur les formes qui composent les natures mortes de Maude Maris. Il semblerait même que certaines de ces formes prennent vie, alors que d’autres extirpées de ces environnement compacts sont en lévitation parfois auréolées d’une lumière plus chaude et, qu’ainsi le champ lexical de l’artiste se révèle plus densément encore. Sur le stand de la galerie Isabelle Gounod, je m’attarde sur les paysages à la double lecture d’Aurore Pallet, dont vous pouvez également aller voir la belle exposition de peinture « Les Annonces fossiles ». Avant de partir, jetez un œil sur les œuvres d’un jeune artiste, étudiant aux Beaux Arts de Paris, Lenny Rébéré qui lui aussi offre une possibilité de lire le paysage autrement, avec ou sans présence humaine, il est nécessaire de prêter une attention particulière pour définir ce qui est ou ce qui n’est pas réel, quand ces scènes pourraient se dérouler, sont-elles complètement fictionnelles ? Le paysage et l’architecture, l’ancien et le moderne s’interpénètrent à l’aide d’un traitement à la mine graphite qui se rapproche de la gravure.

En quittant ce stand tout en noir, blanc, beige et nuances de gris, qui laisse une intense sensation d’ancrage dans la matière, j’avance un peu et, suis happée par les œuvres de Bernard Moninot, Les bleus, la légèreté des éléments, les structures géométriques qui jouent avec la lumière, révélant des ombres, les paysages comme métaphysiques plus que représentés pour ce qu’ils sont, la transparence, l’entre-deux spatio-temporels, l’intrusion de la science optique, de la théorie des couleurs m’interpellent également et me laissent songeuse, pensant à Marcel Duchamp évidemment en observant certaines pièces, à Lissitzky, à Moholy Nagy et, suis portée par l’imaginaire de l’artiste. Je suis sur le stand de la galerie Catherine Putman, où j’aime toujours retrouver les dessins dont le papier est usé par les Bic de Frédéric Poincelet mais, également ceux préparatoires de Georges Rousse ou d’autres de Pierre Buraglio.

Pas si loin, je suis attirée, ce qui me surprend au premier abord, par des immenses dessins de Brigitte Waldach, chez Conrads (Berlin). Il s’agit de représentations architecturales de Notre Dame de Paris, inspirées par la lecture du roman de Victor Hugo, annotées en noir et rouge et parsemées de signes religieux. En discutant avec un représentant de la galerie j’en apprends plus sur cette artiste, dont je vois d’autres œuvres où les mots forment les corps, les paysages mêmes, où le dessin envahit l’espace et ne se limite plus à la seule feuille de papier. Une réflexion sur le temps, l’appartenance à une communauté, le rapport à l’espace et à se qui est véhiculé par les mots, qui oblige à vouloir approfondir la connaissance du travail. Au même endroit, il est intéressant de s’attarder sur les œuvres de Blaise Drummond où la nature rencontre la modernité dans une sorte de spatialité utopique.

Je suis peu de temps après marquée par les œuvres d’Eva Grün, chez Römerapotheke, des dessins et collages d’images sur des cartes. Ces éléments sortis de leur contexte et, placés sur un autre qui véhicule lui aussi sa propre histoire, apparaissent, au fur et à mesure de ma progression dans l’espace, violemment à mes yeux, me faisant repenser évidemment à l’histoire mais, aussi au contexte socio-politique actuel. C’est dur mais, malgré tout très beau, cette démarche m’interpelle, trois jours plus tard, son travail et l’un de ceux parmi quelques autres qui me restent à l’esprit bien que j’admette que jamais je ne pourrais vivre avec une telle œuvre. Fort heureusement, je retrouve un peu plus loin, une Constellation sombre et merveilleuse, de Cathryn Boch chez Claudine Papillon (qui a été remplacée par une autre depuis) puis, les toujours magnifiques dessins à la mine graphite d’une précision folle d’Ethan Murrow à la galerie Particulière. Sur ce même stand, je me laisse à nouveau subjuguer par les œuvres de la série The Collapse of Cohesion de Levi van Veluw où tout semble palpable malgré un côté surréel car le fusain est utilisé avec une telle précision du trait et, un rendu parfait des jeux d’ombre et de lumière que les scènes semblent s’animer sous nos yeux allant de l’ordre au démantèlement total. J’ai également un petit faible pour les dessins des séries Les hautes demeures et Enfermement d’Audrey Casalis. La lumière se fait discrète, mystérieuse ou intense comme un point d’appel dans la nature. La nature, la trace humaine et l’architecture s’entrechoquent, semblent combattre ou vivre dans une harmonie dangereuse, fragile. Tout cela pourrait relever du rêve teinté d’une légère folie, d’une angoisse, telle une vision romantique de la rencontre des deux. Un petit détour s’impose dans son exposition personnelle dans l’espace de la (Deuxième) Galerie Particulière.

J’observe des dessins à la mine graphite de Stéphane Sautour à la galerie Loevenbruck. Suis intriguée et, scrute avec intérêt des aquarelles réalisée avec une grande précision tout en nuances de noir, de gris et de blanc de Nicole Phungrasamee Fein sur le stand de la gallery Joe. Je m’arrête cette année, encore, pour regarder les dessins de Gideon Kiefer sur le stand de la galerie Geukens & de Vil ainsi que chez Semiose pour voir les nouvelles œuvres de Hippolyte Hentgen, aime le dessin Les Petits théâtres de la Vie de Valérie Favre présenté à la Galerie C. Tout comme il me plaît à aimer certaines petites aquarelles de Pius Fox exposées dans plusieurs galeries (Patrick Heide Contemporary Art et Galerie Martin Mertens) et, à regarder un peu plus longuement les œuvres de Katrin Bremermann chez Martin Kudlek. Mon problème étant que dans ce cas précis je n’imagine pas une œuvre se suffire à elle-même et, me demande si l’accrochage n’influence pas mon discret et furtif intérêt pour ce travail. Je regarde quelques œuvres de Daniel Zeller (galerie Michel Soskine) qui attirent mon attention, en particulier celles se rapprochant de la cartographie, par curiosité plus que par affinité esthétique. Rien de comparable avec mon admiration des dessins de David Nash chez Lelong qui représentent tout ce que j’affectionne tant, une économie de moyen, du noir surtout un peu de rouge sur l’un d’entre eux et, une intensité qui amplifie l’équilibre parfait des formes.

Je m’arrête plus tard, devant les œuvres de Felix Pinquier et Anabelle Soriano sur le stand de la galerie Karima Célestin. Les dessins d’objets en volume comme des représentations scientifiques me donne l’envie d’en savoir plus sur le premier et, les sculptures de la seconde, sur lesquelles des dessins sont apposés m’intriguent beaucoup par leur délicatesse minérale et, leur dialogue formel. Plus loin, je regarde un très long moment les dessins de la série A silent flow, de Benjamin L. Aman, sur le stand de l’Atelier-KSR. Le cadre dans le cadre ou l’écran au fond de la scène sur lequel se déroulerait un film sans image mais, uniquement rempli de nuances de gris, de noir et de blanc grisé. D’une telle vibration que l’on semble y discerner quelque chose en mouvement. Je n’aurais pu voir que ces œuvres, cela m’aurait comblée. D’autres dessins tout aussi fascinants et entêtants, du même artiste, sont présentés sur le stand de PapelArt, tirés de la série UFO, que peut-être vous avez également eu la chance de voir dans la très belle exposition « Les contre-ciels » de la commissaire Marie Cantos, fin 2014-début 2015. Je pourrais d’ailleurs repartir avec une œuvre ou plus de chaque artiste présenté ici, les dernières Compositions de Vincent Chenut sont plus marquées par la fausse radicalité de la forme et de la couleur jusqu’à l’apparition du cercle, tracé par lui cette fois, ouvert et, laissant cette forme s’entrecroiser avec les lignes du papier. Une intrusion géométrique qui n’émane pas directement de ce que le papier offre dans sa transformation par l’artiste : magnifique. A côté, le travail d’Eve Pietruschi, nous laisse voir des espaces, des atmosphères, des lieux, des bâtiments, qu’elle aurait rencontrés, arpentés au cours de sa vie et, qu’elle offrirait à notre regard sans nous en donner les clés ni l’identité visuelle globale. Des éléments parcellaires, des indices, des morceaux de nature, d’architecture dans une composition ou une « re-composition » qui nous demanderait d’imaginer ce qui a pu être, ce qui est ou ce qui sera. Elle a été invitée par PapelArt et Marie Cantos pour une exposition personnelle, « Fragile inconstance des choses » au 4, rue Charlemagne, c’est jusqu’au 28 mars 2015 et, c’est à voir.

Je finis par le stand de la galerie de Roussan, et passe un long moment devant les œuvres de Juliette Mogenet dont le traitement du noir de fumée, du papier de soie, des découpes sur la photographie, des incisions, de la mine graphite, du traçage de la ligne m’emportent dans le De architectura de Vitruve et, les formes architecturées qu’elle construit m’interrogent sur l’espace, le temps, le réel et l’imaginaire. A côté, je regarde encore les œuvres de Claire Trotignon, en particulier trois construites dans un esprit surréel dans lequel les collages de gravures du XVIIe s’insèrent sur des éléments architecturés instables, au bord du vide. A voir également, en ce moment, son exposition personnelle Let’s build a home. J’attends, à présent, de me promener dans les allées du salon du dessin au Palais Brongniart et de découvrir le lauréat du prix de dessin contemporain de la fondation Guerlain même si ce n’est pas ma favorite, Tomma Abts qui l’a reçu mais, l’artiste Jockum Nordström. Et vous, qu’elles seront les œuvres qui combleront votre regard, votre esprit ?

SDA

Drawing Now

Carreau du Temple, 75003 Paris

jusqu’au dimanche 29 mars inclus

Le Salon du dessin

Palais Brongniart, Place de la Bourse, 75002 Paris

jusqu’au lundi 30 mars inclus

La Maison Rouge

10, boulevard de la Bastille, 75012 Paris

Jérôme Zonder, Fatum, jusqu’au 10 mai 2015

Galerie Isabelle Gounod

13, rue Chapon, Paris 3

 Aurore Pallet, Les Annonces fossiles, jusqu’au 29 mars 2015

La (deuxième) Galerie Particulière

11, rue du Perche, 75003 Paris

Audrey Casalis, Demeures, jusqu’au 26 avril 2015

PapelArt

4, rue Charlemagne, 75004 Paris

Fragile inconstance des choses, jusqu’au 28 mars

Galerie de Roussan

47, rue Chapon, Paris 3

Claire Trotignon, Let’s build a home, jusqu’au 02 mai 2015

No Comments

Post A Comment