Auguste & Ava | Rencontre avec Louise Hendricks
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Rencontre avec Louise Hendricks

03 Fév Rencontre avec Louise Hendricks

Nous nous retrouvons à l’étage d’un café, dans notre quartier, pour un déjeuner « retour de fêtes de fin d’année » et, finissons par y passer trois heures car vient par hasard le cheminement d’un entretien informel. Louise Hendricks, je l’écris en italique car c’est son pseudonyme également nom de sa marque, est encore boostée par son séjour aux sports d’hiver, chamboulée par les événements de ce début d’année et, poussée par l’arrivée du salon Who’s Next 1ère classe – qui a lieu une semaine plus tard – qui suscite de nombreuses questions quant aux prototypes à présenter et à l’accueil de la nouvelle collection. Elle comme moi avons du mal à nous remettre à nos occupations mais, parce que la vie continue, chacun doit reprendre le cours de ses activités pour vivre, aller de l’avant et, ne pas se laisser submerger par les angoisses qui nous poursuivent tous. Louise Hendricks est joviale avec cette petite pointe de timidité qui fait son charme, peu encline à parler de ses envies, elle se laisse porter par des questions qui révèlent autant des doutes qu’une obstination passionnée, son goût des belles choses que son intérêt pour l’art – la photographie en particulier – et pour la musique sans laquelle elle ne peut créer. Elle transmet parcimonieusement ce qu’elle semble bon d’offrir à l’autre et, laisse planer une certaine idée de la douceur de vivre avec discrétion, teintée de touches colorées et de générosité. Tel Alexandre Chapellier (Cinabre), Louise Hendricks est attachée à la qualité de ses produits et, est désireuse d’offrir toujours quelque chose de meilleur à sa clientèle qui pourrait bien évoluer vers des bijoux plus précieux.

Louise Hendricks

A&A : Pourquoi avoir choisi le nom Louise Hendricks ? ça sonne rétro et rock ? Tu retrouves ton identité dans ce nom de marque ?

Louise Hendricks : Effectivement, je voulais véhiculer du rêve avec un nom un peu rock & roll tout en étant également légèrement ancrée dans quelque chose d’ancien, cela sans utiliser mon nom. Une manière de créer une identité autre que celle de tous les jours pour mettre une distance entre vie privée et vie professionnelle. Et puis, il se trouve que j’ai perdu deux de mes grands-parents que j’aimais profondément, l’une se prénommait Louise et l’autre se nommait Hendricks. En eux, j’ai trouvé l’union du rétro avec Louise et du rock avec Hendricks. Une manière également de leur rendre hommage.

A&A : Tu étais actrice. Pourquoi avoir décidé de tout arrêter pour créer des bijoux ? Une envie soudaine ou cela correspond à la découverte d’un univers qui ta passionnée ?

L.H. : Oui, j’étais actrice, c’est aussi pour cela que je ne voulais pas utiliser mon vrai nom, au cas où je le reste. Pour différentes raisons, j’ai commencé à créer des bijoux chez moi comme ça pour m’amuser. Puis, j’ai organisé des ventes privées qui ont très très bien fonctionné. A l’époque, en 2005, j’osais appeler des potentiels clients ou enseignes, ce que j’ai fait avec le Printemps Haussmann. Ils ont adoré, j’ai pu vendre mes bijoux dans leur magasin à partir de février 2006. Puis chez Brand Bazar, AB33…jusqu’à mon premier salon Première Classe en novembre 2006 et, ma première embauche en 2007. Et voilà, la marque était lancée.

A&A : Tu veux dire que tu faisais tout toute seule avant 2007 ?

L.H. : Oui, tout de la création, à la fabrication en passant par la recherche de fournisseurs, de clients et la vente. Une autre époque !

A&A : Un vrai challenge rondement mené ! Cela devait être une réelle aventure après ta carrière de comédienne car ces deux milieux n’impliquent pas du tout les mêmes façons de faire ni les mêmes enjeux. Ils pourraient cependant avoir en commun la rigueur, tu confirmes ?

L.H. : Effectivement, la rigueur est quelque chose qui se retrouve dans les deux activités d’autant plus que je n’aime pas les choses mal faites et de mauvaise qualité. J’aime la précision, la finesse et, les détails bien pensés.

A&A : En parlant de choses bien pensées. Es-tu la seule à créer les modèles ?

L.H. : Oui. J’adore créer et ma collaboratrice Anne fabrique. La création est vraiment quelque chose qui m’éclate car tout en gardant des basiques qui s’inscrivent dans l’intemporalité, il faut savoir se renouveler, traduire ce qui nous inspire en quelque chose qui pourrait plaire, l’imaginer sur une personne.

A&A : Le renouvellement et l’inspiration émanent d’influences multiples aux vues de tes créations. As-tu des référentiels de prédilection ? Des sources dans lesquelles tu préfères piocher d’avantage ? Pourquoi ?

L.H. : J’aime m’inspirer du quotidien, de mes copines, d’une personne croisée dans la rue, d’un instant agréable, d’une rencontre, d’une exposition, de la nature, de la photographie beaucoup. J’ai découvert dernièrement le travail de Saul Leiter, il a une manière d’intégrer la couleur dans ses photographies qui m’a laissée sans voix. C’est une découverte d’une magie absolue qui va avoir un impact sur mes créations. Et la musique évidemment, je suis une créatrice qui ne peut pas créer sans musique car j’ai besoin des sons, d’être gaie, heureuse. La musique qui doit être dansante, entraînante, me permet d’être dans une énergie positive, une douce folie qui ouvre une porte vers tous les possibles.

A&A : Je t’imagine en train de danser dans ton atelier en dessinant des modèles. Une sorte d’insouciance qui te permet d’oublier les affres de la vie d’adulte, tel un enfant en somme. 

L.H. : Exactement ! La naïveté de l’enfance est importante à mes yeux. Par exemple, j’aime regarder mon fils qui ne se pose pas de questions, s’éclate, bouge, invente continuellement des jeux, des choses, pour ne pas s’ennuyer. J’aime me retrouver dans cet état qui permet une liberté folle dans la création.

 

A&A : Tu parlais juste avant de ta rencontre avec le travail de Saul Leiter, plus particulièrement avec les couleurs qui apparaissent dans ses photographies. Connais-tu William Eggleston ? Il révèle comme personne les couleurs qui régissent un certain quotidien, tu devrais y poser ton regard.

L.H. : (elle note dans son carnet) Je vais regarder car je ne connais pas son œuvre. Il y a aussi un photographe qui met en avant les peuples qui disparaissent, comme les Nénètses dans le Nord de la Sibérie, qui m’a inspirée pour une collection. La photographie est une source très inspirante pour moi, j’aime découvrir des choses dans ce domaine.

A&A : La couleur, des éléments naturels, des références Art déco, des mélanges de matières et pourtant, les bijoux que tu imagines semblent de plus en plus épurés. C’est l’influence de la vie qui transparait sur tes créations ?

L.H. : En effet, mes envies changent, évoluent vers plus de légèreté, d’épure. Je n’ai plus envie de faire passer les mêmes messages, mêmes si certaines pièces perdurent, j’aspire à autre chose. Par exemple : un bijou plus épuré mais qui intègre des pierres précieuses comme le diamant, le rubis, le saphir. C’est le cas dans la collection été 2015 qui fera se rencontrer du cuir et des pierres précieuses.

A&A : Il n’est pas trop difficile d’amener les pierres précieuses dans l’identité d’une marque qui était plutôt considérée comme s’inscrivant dans les bijoux fantaisie ?

L.H. : Si, évidemment. Ce n’est pas une évolution aisée car, il faut pouvoir rester accessible tout en ayant l’envie de travailler des matériaux et pierres plus nobles. Sachant en plus que le plaqué or et le plaqué argent ne supportent que des petites pièces et, l’or est très cher aujourd’hui. Donc je cherche des solutions. Etant autodidacte dans le milieu du bijou, j’essaie, explore, prends mon temps pour assumer mes idées et trouver les moyens techniques de les faire exister à travers des formes.

A&A : Ces nouvelles pièces intégrant des pierres précieuses plaisent-elles ? Ta clientèle est-elle prête à évoluer avec toi ?

L.H. : Ces bijoux cartonnent, les nouvelles formes, les intégrations de saphirs ou rubis en remplacement d’un fil polyester sur un modèle qui mêlait avant un fil polyester et un fil d’or plaisent énormément. Il faut cependant que je reste accesssible en terme de prix et, ne peux donc pas dans l’immédiat travailler des pierres de taille plus importante.

A&A : Tu es l’une des premières marques à s’être positionnée dans le bijoux mi-fantaisie /mi-précieux. Comment vis-tu la concurrence et l’évolution que ce marché prend ? Ne serait-ce pas le moment pour toi d’évoluer vers un autre marché qui corresponde plus à ta personnalité et à tes envies actuelles surtout que tu n’as pas peur des challenges !

L.H. : Nous n’étions que quelques marques en 2005, depuis 2010 elles pulullent et, surtout les personnes qui se lancent depuis quelques années sont beaucoup plus fortes en communication. Elles viennent souvent du milieu de la mode, de la presse fashion et, savent utiliser les sites communautaires, les réseaux sociaux. Elles se mettent en avant personnellement, ce que je n’aime pas faire. Il est difficile de rester au top actuellement si tu ne profites pas de ces médias. Il faut se mettre en scène en permanence – tout ce que je déteste – alors il est dur de survivre.

Une évolution vers autre chose est envisageable mais, ce n’est pas encore l’actualité.

A&A : Peut-être que l’évolution se fait sans même que tu t’en rendes compte. Qui sait peut-être que ta clientèle est prête à évoluer avec toi et, qu’une autre attend que ça ! A propos quelle est la femme que tu souhaites séduire ?

L.H. : Une femme urbaine, bohême et rock, un peu comme moi (sourire). Il s’avère que mes clientes sont urbaines, la trentaine, tout de même modeuses, CSP ++. Louise Hendricks n’est pas une marque fantaisie bon marché donc pas si accessible.

A&A : Comment évolues-tu avec les réseaux sociaux, la nouvelle façon de communiquer sur les produits face à une concurrence assez rude finalement ? Tu disais tout à l’heure que cela te pesait un peu.

L.H. : Oui, parce que je ne suis pas mondaine, que j’aime la discrétion et, qu’il est finalement difficile de comprendre les façons de communiquer des plus jeunes. Cette mise en scène permanente n’est pas évidente à appréhender et à traduire à ma manière. Je ne suis pas une communicante, il faudrait certainement que j’envisage plus ce pan qui est un job à plein temps ! Que je contacte des bloggeuses qui ont une influence dingue dans le milieu de la mode. Tout est véhiculé différemment, ça ne passe presque plus par les magazines traditionnels, les bloggeuses leur ont emboîté le pas. Cela pourrait être un challenge pour 2015.

A&A : Pourtant tu as une page Facebook, Pinterest, Instagram, donc bien loin d’être à la traîne !

L.H. : A enrichir encore.

A&A : Si je comprends bien, le futur de Louise Hendricks c’est plus de communication sans nuire à ta personnalité qui est de ne pas se mettre en scène et, faire la part belle aux pierres précieuses alliées à des matières inattendues. Une année 2015 qui n’a pas fini de nous surprendre.

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Louise Hendricks :

Où trouver les bijoux Louise Hendricks en magasin: http://louisehendricks.com/site/points-de-vente.html

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1Comment
  • LACROIX
    Posted at 13:39h, 04 février Répondre

    J’aime cet entretien
    Tiziana

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