Auguste & Ava | Ruutu, un vase de Ronan et Erwan Bouroullec pour Iittala
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Ruutu, un vase de Ronan et Erwan Bouroullec pour Iittala

05 Fév Ruutu, un vase de Ronan et Erwan Bouroullec pour Iittala

L’attente entre le moment où j’ai appris la sortie du vase Ruutu et, celui où j’ai pu le voir m’a paru une éternité. Cette collection de vases est l’une des dernières créations de Ronan et Erwan Bouroullec, designers français qui ont su marquer le paysage du design et que l’on ne présente plus. Pourtant, voilà ce qui me vint à l’esprit lorsque je me trouvais face aux vases au 107, rue de Rivoli ce 22 janvier 2015.

Je me souviens de la première pièce que j’ai vu d’eux, c’était chez Kréo en 2000 je crois, à l’époque de la rue Louise Weiss et, elle s’appelle Lit clos, une invitation au calme dans une structure qui permet de s’isoler – comme dans un vieux lit clos en bois – mais, dans des matériaux modernes et légers, tout en jeux de transparence, pour dormir, converser, lire ou rêvasser. Je me souviens, toujours chez Kréo, de Vase et de Honda Vase. De la lumière et cette image d’aquarium pour fleur comme une réminescence d’une photographie de Blossfeldt pour l’un et, de la rondeur venant encadrer la fleur que nous pourrions y déposer, comme dans un écrin telle une personne dans le Egg d’Arne Jacobsen, pour l’autre.

Je me souviens d’Audiolab installé au niveau 4 du Musée National d’Art Moderne – Centre Pompidou où l’on pouvait se poser de longs moments sur un Grape carpet pour écouter de la musique ou simplement prendre le temps d’assimiler tout ce que l’on avait vu dans les salles d’expositions en étant coupé du monde environnant. Structure vécue comme un sas de calme pour un moment contemplatif. Je me souviens avoir participé à leur Catalogue de raison (Laurent Le Bon, editions Images Modernes et editions Kréo, 2002) et, eu la grande chance de cotoyer quelque temps ces garçons, généreux, discrets et plein de talent dans un précédent studio de création à Saint-Denis, c’était au cours de l’année 2001.

Je me souviens plus particulièrement de leur bibliothèque Self Shelf éditée par Vitra, des Algues et des Twigs. La première peut supporter un tas de livres, est facilement démontable et contient des plaques colorées disposables où nous le souhaitons dans des rainures prévues pour les recevoir. Une bibliothèque qui peut changer de visage au grès des montages et démontages. Les secondes recouvrent selon l’envie une paroi ou servent de séparation dans l’espace si nous inventons des formes tridimensionnelles en les suspendant, créant ainsi une forme surprenante ou une coupure jouant sur les pleins et la transparence. Je me souviens d’ailleurs d’une démultiplication d’Algues dans la chambre d’une amie qui donnait l’impression que le végétal s’était introduit dans l’espace et n’attendait qu’à se déployer encore. Dans la même mouvance, je me souviens des Clouds édités par Kvadrat, une tuile en mousse et tissus avec des rubans élastiques, qui disposés à la manière des composants précédents, créés des séparations, des sortent de vagues nuageuses tout en opacité cette fois. Ce qui est de l’autre côté est caché et force la curiosité. Je me souviens alors d’un Textile Fields posé sur le sol du V&A Museum – lors du Design London festival – qui offrait aux visiteurs la possibilité de s’y poser pour un temps dont ils étaient les seuls maîtres. Je me souviens des Ready made curtain, également édités par Kvadrat. Ces rideaux se présentent en kit et sont accompagnés de tout le nécessaire pour les suspendre à un fil avec leurs pinces. Le kit idéal pour ne pas à avoir à courir partout lorsque l’on souhaite poser des rideaux chez soi.

vases Bouroullec-2

Je me souviens de la Floating House installée à Chatou, amarrée vers le CNEAI (Centre National Edition Art et Image), dont un artiste m’avait parlé, là pour accueillir entre autres des artistes, des auteurs, des musiciens en résidence. Elle m’avait à l’époque fait penser au Lit clos en version plus grande et flottante certes mais, à la même vocation d’aider à la réflexion, à la contemplation dans un espace ouvert sur l’extérieur mais en protégeant de cet extérieur afin que rien ne vienne perturber l’esprit induisant un déplacement d’une fluidité extrême.

Je me souviens d’un oiseau en bois d’une pureté absolue. Je me souviens de la Slow Chair et du canapé Ploum qui nous ramènent encore une fois à la pureté de la ligne et, nous poussent à la détente contemplative, enrobés par une matière, une structure dans laquelle il est bon de se prélasser.

Je me souviens des Aim Lamp éditées par Flos, version industrielle des Lianes (en édition limitée chez Kréo). Ces lampes, tout en fil et rondeur, sont à installer seules ou à plusieurs comme un lustre qui serait tentaculaire, modulable jusqu’à l’infini, qui s’adapterait à votre espace et à vos besoins de lumière. Je me souviens de la même rondeur dans chacune des Corniches – différentes des Roches plus facetées (éd. limitée chez Kréo)- qui peuvent venir se poser ici-et-là d’une manière linéaire, structurée ou non, seules ou groupées, sur des surfaces murales tels des galets qui sortent du mur et, qui vous permettent de poser des petites choses. Je me souviens de la finesse, de l’harmonie des lignes des éléments de la gamme de salle de bains Axor- Bouroullec, Hansgrohe, rendant un lieu de toilettes raffiné et doux. Ces éléments me remémoraient certaines créations de leurs débuts comme un miroir et, une corbeille de fruits. Je me souviens du service de table Ovale pour Alessi dans lequel si vous regardez bien aucune des formes n’est vraiment ovales mais, répercute toute la grâce de l’ovale ou de l’idée que l’on peut s’en faire. Le verre de ce service vous fera étrangement penser à la forme de la lampe Aim avec un pied cette fois. Ce service est pour moi comme une reminescence de la céramique japonaise toujours alliée à une utilisation de la ligne qui va à l’essentiel sans jamais nuire à l’usage.

Je me souviens évidemment de mon canapé favori Alcove Plume édité par Vitra et, de mon fauteuil de bureau si confortable Softshell Chair où comment rendre une assise de travail confortable tout en existant dans un joli colori avec une esthétique épurée et pensée pour un corps qui ne reste pas statique.

Je me souviens de deux magnifiques expositions Ronan & Erwan Bouroullec, Bivouac au Centre Pompidou-Metz (2011) et Ronan & Erwan Bouroullec, Momentané au Musée des Arts décoratifs (2013). Expositions scénographiées par Ronan et Erwan Bouroullec, que j’ai reçu comme une invitation au voyage à chaque fois différente. Une promenade, au milieu de quinze années de création, qui révélait la cohérence d’un travail et, était à chaque fois renouvellée, permettant ainsi une relecture, une appréhension nouvelle des objets, structures, dessins et meubles. Je me souviens de cette sensation de m’arrêter dans le temps pour profiter pleinement de l’harmonie et de la fluidité du déplacement au milieu de tant de créations, comme si les designers avaient fait un cadeau au public pour qu’il se sente chez lui.

Je me souviens des tapis élaborés avec Nanimarquina : Losanges puis Losanges II et Losanges III, fabriqués à la main selon la technique du Kilim et, tout simplement magnifiques. Je parle de ces tapis parce que j’ai fini par penser à eux en me retrouvant face aux vases Ruutu. La forme losange, constituant ces derniers, m’est revenue à l’esprit, sans compter encore une fois l’alliance à des maîtres dans leur domaine de production, ici les verriers d’Iittala. Ceux qui depuis des années façonnent le vase Savoy d’Alvar Aalto, les verres et le pichet Kartio de Kaj Franck, ceux d’Aino Aalto et, les plats Kastehelmi d’Oiva Toikka. Avec Ruutu qui se décline en une gamme de dix vases, cinq tailles et sept couleurs, Erwan et Ronan Bouroullec nous étonnent encore par leur capacité d’aller à l’essentiel en traçant des formes strictes, épurées, harmonieuses, en sachant savamment jouer avec les couleurs discrètes et douces. Ici la couleur est mixée dans la masse et, même si le résultat semble simple, pour atteindre ce niveau de pureté, la production de telles pièces est d’une grande compléxité. « Le verre est une matière extrêmement forte, intense car elle existe depuis toujours » dit Erwan Bouroullec. C’est effectivement une matière difficile à travailler, à maîtriser, à façonner. Je me souviens avoir vu des souffleurs de verre lutter avec la matière pour obtenir ce qu’ils voulaient mais, le combat n’était pas toujours gagné par eux !

Avec Ruutu, Ronan et Erwan Bouroullec réinterprètent un objet du quotidien pourtant tant de fois édité, devenu presque banal dans un intérieur, pour en faire non pas un simple récipient accueillant des fleurs mais, un vase avec lequel chacun puisse composer aisément avec, en jouant avec les hauteurs, les largeurs et les couleurs raffinées des vases. Ces derniers semblent s’emboîter ou se répondre si on les sépare. Une raison à cela : leur forme losange. Pour Ronan Bouroullec ce vase a été pensé afin que : « le verre emprisonne la lumière et puisse transmettre la couleur dans l’environnement domestique ». C’est réussi. Je me souviens déjà que ce vase représente pour moi une perfection inexplicable pour laquelle je ne trouve pas les mots. Je me demande pourquoi cette forme si évidente n’existait pas comme vase avant cela ? Elle existait peut-être mais, pas dans cette même légéreté, finesse et pureté. Il aura fallu attendre les réflexions de deux designers qui comprennent leur époque, les besoins d’aller à l’essentiel, les jeux de lignes et de teintes et, leur rencontre avec un fabricant de verre mythique pour donner naissance à cette merveille. Il y avait le vase d’Alvar Aalto, maintenant dans un tout autre genre il y a Ruutu !

Je me souviens donc de cette nouveauté qui est sur la voie d’être un classique et, que ce vase à peine présenté au public, Erwan et Ronan Bouroullec sont depuis déjà bien longtemps, sur d’autres fronts. Par exemple, actuellement est présentée la collection Kaari, Artek 2015. Kaari ou le mobilier toujours renouvelé avec cette subtile assimilation de pièces anciennes et modernes, occidentales et japonaises, pour en faire une interprétation qui permet l’adaptation aux intérieurs et surtout aux besoins contemporains. Je me souviens alors du bureau d’écolier qui ici trouve sa place fixé à un mur et pourrait avec le temps trouver une autre fonction en devenant simplement le support d’autre chose. Ce module se meut en une bibliothèque épurée, brute et pourtant légère lorsque les modules se « superposent ». Plus sophistiquée que les modules String auxquels j’ai pensé à première vue et, qui finalement sont partis de mon esprit après observation de ce mobilier qui m’amenait ailleurs. J’ai pensé de temps à autres à des formes et des pieds de lampes de Serge Mouille. J’ai aussi vu dans cette série comme une petite table ronde bistrot réinterprétée devenant une console qui se fixe au mur, supportée par une simple équerre métallique. Un voyage encore…qui correspond à un mobilier qui me parle et satisferait mes besoins. Comme lorsque je me souviens de leurs récents systèmes d’architecture modulable pour des bureaux, des espaces de rencontres ou open space, Workbays, me disant que j’aimerais travailler dans un tel cadre et une telle atmosphère.

Je me souviens que Ronan et Erwan Bouroullec sont aux côtés des plus grands designers, chez de fabuleux éditeurs, qu’ils savent apporter de la beauté esthétique dans notre quotidien, le révolutionnent, qu’ils pensent les espaces, le mobilier et les ustensiles de manière à ce qu’ils soient en adéquation avec les besoins de ceux qui se retrouvent dans ces lignes pures. Je me souviens que je vais continuer à grandir avec eux (ils sont de ma génération), à les suivre avec autant de pétillements dans les yeux avec cette nécessité de m’entourer de quelques unes de leurs créations quand je le peux parce qu’à chaque fois la magie opère, m’emporte dans un ailleurs et dans une histoire du design toujours en perpétuel renouvellement.

SDA

Ronan et Erwan Bouroullec 

Iittala

Galerie Kréo

Pour trouver quelques livres :

Phaidon

JRP Ringier 

 Les sites de quelques uns de leurs éditeurs :

Alessi 

Axor 

Flos

Hay

Kvadrat

Ligne Roset

Magis 

Nanimarquina

Vitra  

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