Auguste & Ava | Voyage au Pôle Nord avec Julia de Cooker
16056
single,single-post,postid-16056,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-theme-ver-7.6.2,wpb-js-composer js-comp-ver-4.6.2,vc_responsive

Voyage au Pôle Nord avec Julia de Cooker

04 Mar Voyage au Pôle Nord avec Julia de Cooker

Jeune femme photographe, Julia de Cooker, est l’une de ces artistes qu’il faut apprivoiser. Discrète, curieuse, l’âme voyageuse, d’une grande douceur, avec ses doutes, ses désirs, ses rêves, elle m’émeut depuis plus de cinq ans. Une belle rencontre comme je les aime, qui évolue dans la simplicité, l’écoute, des échanges francs et passionnés, des silences, des partages de lectures, de références et tant de choses qui font la beauté d’une amitié. Son travail me transporte, elle court après la lumière et le paysage pour mieux les fixer dans un instant photographique, pour nous entraîner dans un voyage silencieux et contemplatif. Sa série Svalbard, An Arcticficial Life en est un magnifique exemple, et est exposée à partir du 5 mars 2017, à Longyearbyen, Svalbard, ce n’est évidemment pas à côté mais, il est beau de rêver y être et c’est une bonne excuse pour parler d’elle.

svalbard_galleri

Avant d’aborder Svalbard, An Arcticficial Life, revenons un peu en arrière. Ma première rencontre avec ses photographies, fut celle avec ses portraits de L’heure bleue, en 2012. Des jeunes filles posent, éclairées par une lumière douce et mystérieuse qui n’a rien à envier à celle transcrites dans les tableaux des grands maîtres flamands du Siècle d’Or. La lumière créer le malaise, le questionnement quant à l’âge de ces jeunes filles, comme elle marque une transition du jour à la nuit, elle insiste ici sur celle du passage de l’enfance à l’âge adulte.

Puis, j’ai été profondément émue par son triptyque rythmé par trois périodes distinctes de sa vie que Julia a photographiées tel un autoportrait au-delà de la représentation de sa propre image : la poésie, le silence, la nostalgie, le romantisme, les angoisses, la beauté de la vie sont décrits à travers la nature et des détails qui se révèlent être bien plus que cela. Un automne mélancolique dans Yesterday, when I was young (2010) invite à la passion dans Our Mother the Mountain (2012), celle retrouvée en se réfugiant dans l’entre de la montagne, où la nature est le fil conducteur, la lumière, plus généreuse, illumine discrètement des éléments, une sensation de chaleur douce fait une lente apparition, l’être semble renaître. Alors vient la période de la contemplation dans Even in the Quietest Moments (2013), la lumière du soleil se fait plus généreuse et réveille ce qu’elle effleure. Julia pose sur cette nature retrouvée un regard apaisé, elle la scelle dans une aura sacrée en lui rendant hommage comme pour rappeler à l’homme « technologique » de ne pas oublier de respecter cette source de vie qu’est la nature.

C’est alors que notre sujet de départ a vu le jour. Un premier voyage, un deuxième puis un troisième, le Pôle Nord ne se laisse pas apprivoiser sans efforts ! Voyages qui donneront naissance à Svalbard, An Arcticficial Life (2013-2016). Tous les questionnements, tout ce qui anime le travail de Julia sont réunis dans les photographies qui résultent de cette quête du paysage, de cette alchimie viscérale avec la nature et ce qui l’entoure : la fascination de la lumière, l’adéquation avec le milieu naturel dans lequel elle se trouve, l’acceptation d’une temporalité étendue, l’amour et le respect portés à un espace et à sa population, l’envie de ne faire qu’un avec son sujet, la contrainte de l’utilisation d’une chambre argentique, la déambulation…Voilà tous les éléments qui permettent à Julia de faire corps avec son environnement et de nous offrir ainsi la sensation de toucher, de glisser, d’accéder à un univers tant avec le regard que l’esprit. C’est un enchantement, les émotions qui nous envahissent lorsque l’on frôle ses photographies sont multiples, ce que l’on voit devient familier comme si nous y étions allés ainsi lorsque nous avons pénétré son monde, le souvenir de l’un de ses paysages n’est jamais très loin.

SVALBARDfev_nh800_032

© Julia de Cooker

Le Pôle Nord l’a happée, lui aurait-il fait atteindre la sérénité ? Que ce soit le cas ou pas, il faut garder une part de secret, Julia nous fait partager une expérience de vie grâce à des photographies qui nous portent vers cet ailleurs, tant désiré par l’artiste, et bien des hommes et femmes avant elle attirés par les Pôles tels Shackleton, Amundsen, Malaurie, Ann Bancroft, Jean-Louis Etienne et tant d’autres.

SvalbardFev_079

© Julia de Cooker

Ces terres qui semblaient, malgré tout ce que nous aurions pu lire et voir, si inaccessibles et hostiles, se dévoilent dans leur intimité avec discrétion, grandeur, comme si l’appareil les effleurait pour ne pas les souiller et nous les offrir vierges. Elles semblent alors nous appartenir. Les photographies nous racontent l’histoire de Julia dans ce milieu naturel extrême, froid, et pourtant si chaleureux dans ses intérieurs, généreux dans ses variations de ciel et de glace, surprenant dans certaines choses qu’il daigne laisser émerger comme cette limousine au milieu de nulle part, cette épave d’avion oubliée ou cette balançoire les pieds dans l’eau. Des objets, des détails d’une vie quotidienne ordinaire, des bris de glace, des bleus du ciel et de la neige, des dépouilles d’animaux, des maisons colorées, des bases et des antennes dévolues à la science, des zones noires issues de l’exploitation du charbon qui contrastent avec le blanc immaculé environnant, un buste de Lénine marque de la possession russe de Barentsburg, des ours blancs empaillés tels des emblèmes locales, des ouvriers, des chasseurs, un prêtre au look rock’n’roll, une infirmière, un portrait de famille, une jeune fille comme sortie d’un tableau de Manet (Un bar aux Folies bergère pour ceux qui seraient intéressés), une habitation nous invitant par sa lumière à partager le secret de son histoire, une chaise dans un intérieur et la captation des silences qui nous font penser à une peinture d’Hammershoi. Tous ces morceaux de vie polaire sont là pour construire le récit photographique de Julia de Cooker pour narrer l’histoire de cette terre, aux multiples richesses, aux contrastes forts, à la diversité ethnique et à la complexité géopolitique, dont nous aimerions percer le secret. Nous voguons au fil de son évolution, de la trace laissée par l’homme et par le temps qui a marqué cette nature tant idéalisée, racontée mais, qui sur laquelle personne ne semble avoir la main mise, à la beauté d’une étendue immaculée à perte de vue. Cet environnement devient familier et berce nos souvenirs d’une douce volupté bleue.

SDA

Julia de Cooker 

Svalbard – An Arcticficial Life, Julia de Cooker, photographe, exposition du 5 mars au 6 avril 2017, Longyearbyen, Svalbard

No Comments

Post A Comment